Au Piano, 2012

Je lui ai demandé de jouer pour moi. Comme avant, quand on était petits, qu’elle jouait pour nous endormir.
Elle m’a répondu, avec un sourire d’excuse: « Mais tu sais, je ne sais plus très bien, ça fait longtemps; et puis je ne vois plus aussi bien qu’avant. »
Elle s’est tout de même installée au piano, a ouvert la partition du « Clair de Lune, de Debussy. Elle a plissé les yeux, à travers les lunettes, et ses mains ont cherché les premiers accords.
Après quelques fausses notes, elle m’a regardée, dépitée. « Je t’avais dit, ce n’est plus comme avant. »
Elle a continué, cependant. Jusqu’à trouver, après quelques essais, les notes de mon enfance.
Instables, hésitantes et magiques.

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Coney Island baby… New York, 2012

On avait traversé tout Manhattan, tout Brooklyn, à la recherche du vieux rêve de Coney Island. Au terminus de la rame de métro, des rues grises, bétonnées, glauques. On a marché jusqu’à la mer, pour trouver la fête foraine. On s’est laissé guider par les manèges – on a fini par trouver, bien sûr.

Mais au bout du chemin, pas de rêves vendus à la barbe à papa, pas de roulottes, de couleurs, de féérie…

Quelques manèges tournaient à vide, on était début avril, il faisait gris et pluvieux, la saison reprenait à peine. Au fond, Coney Island, c’était tout p’tit. Et l’endroit repose encore sur sa grandeur passée.

C’était triste.

Québec, Québec, 2012

Québec, Québec, 2012

« Ca, c’est la frise qui raconte l’histoire de la ville de Québec. y’a Champlain, Montmorency, enfin, l’histoire de Québec, donc. Ah, tu veux la prendre en photo? Ben en fait, ils sont en train d’installer une immense piste de luge dans toute la ville, pour dans quelques semaines. Ils sont fous, ces québécois. Bon, on va manger une queue de castor avant de perdre ses doigts? »

Pier 17, New York, 2012

Pier 17, New York, 2012

Alors qu’un fin crachin diffusait sur les vieux voiliers du Pier 17 à New York une ambiance surréaliste, un car de l’armée rempli de marins est descendu sur ce pont touristique.

Ils ont regardé les échoppes touristiques, bu quelque chose de chaud, parlaient fort, riaient bruyamment.

L’espace d’une seconde, le temps de la photo, on aurait pu croire qu’ils allaient embarquer, cent ans auparavant, et le monde moderne n’existait plus. Le temps de la photo.

J’ai baissé l’appareil, les marins se sont dispersés, sont remontés dans le car, et le monde est revenu à moi. Les voitures, les passants, ces immenses immeubles… Seuls restaient, de cet instant fugace, les voiliers, immobiles, majestueux.